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Le courrier du Mélinois N°10 1946 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

10  Bulletin édité par la Direction & le Comité d'Entreprise pour le Personnel des Ateliers Mélin   Novembre 1946

SOMMAIRE

- Le mot du Patron : «  Le CITRON et les CORBEAUX »

- 11 Novembre aux Ateliers Mélin :

- Tableau des rémunérations :

- Compte –rendu du représentant du Comité d’Entreprise au Comité de Direction « CDD » : que veut dire CDD ? ( M ; DUVAL Contremaître Usine) .

- Vos droits…Vos Devoirs : Les Allocations Familiales par J. Aron Secrétaire de Direction.

- Propos du Glaneur : La chance et le succès par M. Andrillon

- Inauguration de la plaque des morts de la guerre 1939-1945 :

Cérémonie du 11 novembre aux Etablissements MELIN

-  Discours de M. Edouard,

-  Discours de M. Bignebat (Président des Résistants Soissonnais).

- CITATIONS :de H Perreyve et du P. de Foucault .

-Précisions de Langage : article extrait de la brochure de M. Le Gal.

-Dans les familles Mélinoises naissances .

-Histoires drôles.

Les ARTICLES:

Le Courrier du Mélinois N°10 Novembre 1946 1ère page

 

N° 10 Bulletin édité par la Direction & le Comité d'Entreprise pour le Personnel des Ateliers Mélin Novembre 1946

LE MOT DU PATRON

Le Citron et les Corbeaux

Le budget de notre Pays est, chacun le sait, largement déficitaire. Notre balance commerciale défavorable. La hausse des prix constante et partant, le pouvoir d'achat des travailleurs réduit.
Ces difficultés constituent la hantise des Pouvoirs publics et autant de pierres d'achoppement pour nos gouvernants.

Comment ces derniers essaient-ils de résoudre les problèmes qui les assaillent ? Ce n'est pas le lieu ici de l'analyser, et je ne me ferai pas l'écho des critiques et des méchantes langues : mais ce que j'affirmerai en toute connaissance de cause, c'est que depuis des mois les industries, les exploitations agricoles, les établissements sains, voient leurs charges s'alourdir d'une façon inquiétante. Et cet énorme fardeau risque de rendre total, si l'on n'y prend pas garde, le commencement de paralysie de nos activités.
Nos entreprises sont pressurées tout comme le serait un citron mûr. Le jus en est exprimé avec une vigueur accrue, et si cette pression ne cesse pas, les parois de l'écorce se joindront et plus une goutte ne sera extraite (les dernières gouttes sont d'ailleurs déjà bien difficiles à sortir).
Qu'adviendra-t-il alors ? Je vous laisse le soin de conclure.

Pendant ce temps, ceux qui continuent dans les remous de la guerre leur trafic vivent en paix, accumulent les profits, ne paient pas l'impôt, glissent entre les filets d'un fisc dont les pouvoirs ne sont terribles qu'à l'égard des honnêtes gens. Ils paraissent même quelquefois être, dans une certaine mesure, de braves gens à côté de ceux que l'on qualifie de capitalistes hobereaux, industriels et cultivateurs.
Ces trafiquants, ces rois du marché noir, en un mot ceux qui n'ont pas honnêtement mobilisé leurs capitaux pour faire vivre le Pays dans les mauvais jours, me font penser aux corbeaux et je me trouve encore bien indulgent à leur endroit. Je pense plus particulièrement aux « profiteurs » des fameux surplus. Les surplus, en effet, représentent l'appoint nécessaire pour dépanner les industries et les exploitations agricoles. Or, ce n'est qu'à de rares exceptions qu'ils parviennent directement et aux prix les plus bas à leurs utilisateurs.
Tels des charognards, la cohorte des spéculateurs s'acharne sur les plaies de la France et les entretient à l'envie. Méfiants comme les « oiseaux noirs », ils s'arrangent pour être difficilement saisissables, et dès que l'un d'eux menace d'être pris, il alerte aussitôt de ses croassements sinistres et cyniques tous ses semblables.

Tous ces corbeaux connaissent le sort du citron de notre image, et ils se gaussent bien des efforts que font les différentes espèces à merci pressurables, pour tenter de devenir malgré tout de beaux fruits. Les beaux fruits dont la France devrait pouvoir s'enorgueillir.

Ils demeurent toujours à l'affût d'affaires faciles, ne nécessitant pas l’ emploi de personnel, au contraire. Fiers de leur impunité, ils font école, se développent, deviennent de plus en plus nombreux.
Les profiteurs vivent bien et s'en vantent. Les scandales se multiplient. Les ouvriers, les employés, les travailleurs, les honnêtes gens, en même temps que les patrons, ne l'ignorent pas et s'en montrent ulcérés. Les uns et les autres commencent à trouver que le citron est suffisamment pressé. Les Pouvoirs publics, le Gouvernement, doivent s'attaquer enfin aux corbeaux et les empêcher de nuire.
Depuis longtemps peut-être, ouvriers et patrons se seraient unis pour attaquer les vrais exploiteurs. Hélas ! tous ceux qui sont trop intéressés à leur division entretiennent très astucieusement un désaccord d'ailleurs illusoire, détournant ainsi l'attention des travailleurs des véritables responsables de notre situation précaire.
Patrons et ouvriers, vulnérables au fisc, ne sont- ils pas soumis aux lois, et ce qu'on leur reproche suivant le cas n'est-il pas toujours injuste, puisque ce sont des exécutants contrôlables et contrôlés ?
Et je paraîtrai certainement audacieux en affirmant qu’ ouvriers et patrons finiront bien par comprendre, se comprendre et enfin s’unir, pour lutter ensemble contre les vrais ennemis de la France républicaine.

Edouard MELIN

 

 

 

11 Novembre aux Ateliers Mélin


Le crachin de novembre n'a pas empêché une foule très dense de se rassembler dans la cour du siège.
Les fenêtres sont décorées de drapeaux, un voile tricolore est disposé devant la plaque sur laquelle sont gravés les noms de nos camarades morts pour la France au cours des années terribles de 1939-45.
La foule est là, recueillie familles des victimes, employés et ouvriers, délégations des succursales. Tout à l'heure M. le Sous - Préfet, M. le Maire, les représentants des Associations d' anciens combattants, prisonniers de guerre, déportés, résistants, etc., viendront honorer de leur présence cette pieuse cérémonie.
Tandis qu’une brise aigre dans le ciel, des nuages sombres et toutes gonflées de pluie et qu'une poussière d'eau glacée fouette les visages, chacun évoque le souvenir „et les sacrifices des morts de la Patrie.
C'est grâce à l'esprit d'abnégation de ces hommes, dont la mémoire est célébrée, que nous devons d'avoir repris` dans le monde cette place de premier plan, où le travail, la persévérance, la volonté, l'intelligence, l'héroïsme de nos pères nous avaient placés. Ces derniers, paysans, ouvriers, soldats, philosophes, poètes, administrateurs, religieux et savants, avaient un culte très pur de la France, et l'histoire nous enseigne que leur plus grand désir était de faire rayonner leur pays au maximum. Cette sainte ambition ne résidait pas dans une volonté saine de puissance, mais dans la détermination de briller par le travail, les arts, les lettres, l'invention, le spirituel et la liberté.
Les martyrs de la dernière guerre ont compris que pour permettre à notre pays de redevenir lui-même, il fallait bouter hors de France l'ennemi détesté, et ils ont constitué l'avant- garde des troupes alliées en même temps qu'ils se sont couverts d'une gloire impérissable.
M. Edouard le soulignera dans son discours : « Ces hommes ont offert leur vie pour que la France ne devînt pas la proie de l'ennemi ».
Et M. Bignebat, président des Résistants soissonnais, affirmera que « le magnifique enseignement » qu'ils nous ont donné ne sera jamais oublié.
Dans une France plongée, pendant cinq ans, dans les ténèbres, convulsée, persécutée, meurtrie, refroidie par le malheur et l'angoisse, des hommes de tout âge se sont levés et ont fait don de leur sang, de leur chair, de leurs corps. Ils ont été le sel de notre terre, l'indispensable levain, l'honneur du pays, la lumière au milieu d'une grande nuit. Ils ont marché en avant, conscients du péril, animés de la volonté de l'affronter jusqu'à consommation complète.
Dans la cour du siège, toute cette foule recueillie est un témoignage et dans un instant, quand la sonnerie « Aux morts » se fera entendre et que la minute de silence invitera ceux qui sont dans le temps à se confondre avec ceux qui n'y sont plus, tous seront confirmés dans la détermination de ne pas oublier le sacrifice des disparus, d'être fidèles à leur mémoire, à leur exemple.

 

 
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