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Le courrier du Mélinois N°11 1947 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Sommaire du N° 11 de janvier 1947:


-"Le mot du patron" ( il est question du CDD -comité de direction).

-"La monnaie" article de M.M. ANDRILLON secrétaire du personnel.

- Le compte - rendu de la Sainte Eloi, de l'arbre de NOEL avec le discours du patron.

-Le compte rendu du représentant du comité d'entreprise au Comité de Direction par M. R LEFEVRE Electricien.

- Le tableau des rémunérations Mois de décembre 1946.

- "Pourquoi une visite médicale" les droits du personnel par M. R FRANQUET stagiaire.

- "Les propos du Glaneur" :récit, anecdote sur une discussion entre deux voyageurs à propos des lois par M. ANDRILLON.

- Des petites histoires drôles.

- Les nouvelles des familles "Mélinoises" les naissances.

- Une petite bande déssinée.

 

 

 

-Un cours de mécanique appliquée " La Puissance" par M. B . LEFEBVRE secrétaire.

-Des citations d'hommes célèbres.

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LE MOT DU  PATRON

Janvier 1947

J’apprécie la façon toute particulière qu'a employée M. Duval, contremaître à l'Usine Saint-Paul, pour nous parler du C.D.D. dans le dernier numéro de notre bul­letin. Je le remercie de me donner l'occasion de préciser à cet égard le but que je recherche.

Le C.D.D., ou Comité de Direction, est la réunion périodique de tous les chefs de service et directeurs de succursales, en vue d'étudier tous les problèmes intéres­sant les Ateliers Mélin. Tous les quinze jours en moyenne, les questions relatives à la vie de la maison : son pro­gramme, ses approvisionnements, ses ventes, sa position financière, son administration, son action sociale, etc..., font l'objet d'un examen attentif. Puis, après études et discussions de chaque problème, les décisions sont prises; l'application de ces décisions assure la marche normale et cohérente de la Maison, sa parfaite homogénéité, et permet d'atteindre les buts que nous nous fixons.

Mon beau-frère, brillant élève de l'Ecole des Hautes Etudes commerciales, me disait au cours de son stage effectué chez nous : « Il semble que l'administration d'une Société à succursales comme la vôtre ne puisse se concevoir sans un Comité de Direction ».

En effet, le rappel succinct du but du C.D.D. met en évidence son rôle de direction et de coordination. Rôle de direction et de coordination parce que les décisions prises en commun deviennent des ordres applicables dans toutes les succursales.

Rentrés dans leurs régions, rejoignant leurs services, les Directeurs et Chefs de service vont exécuter scrupu­leusement et faire exécuter les ordres qu'ils se sont déli­bérément donnés sous mon arbitrage au cours de la précédente réunion.

Les ouvriers stagiaires au Comité des Prix, les délé­gués du Comité d'Entreprise ont souvent fait allusion, dans leurs comptes rendus, aux discussions parfois assez vives qui ont lieu au cours des réunions du C.D.D.

Ceci prouve l'entière liberté d'esprit laissée aux dif­férents membres du Comité de Direction. Chacun peut exposer et défendre son point de vue, émettre des criti­ques, proposer des améliorations. Chaque participant au C.D.D. possède un droit effectif de parole. Notre maison n'est pas dirigée par un autocrate. J'estime que tout homme collaborant aux Ateliers Mélin, depuis l'apprenti jusqu'au directeur, a une intelligence capable de s'exer­cer librement et de faire d'heureuses suggestions. Et toute suggestion peut, par le canal des Chefs de service et Directeurs de succursales, après discussion au C.D.D., et si elle a été reconnue bonne, passer dans le domaine des faits et devenir un ordre.

Je ne crois pas utile d'insister davantage sur l'im­portance du Comité de direction; tous ceux qui y assis­tent l'ont compris. Je voudrais seulement persuader tous les membres du personnel du caractère indispensable de ces réunions qui orientent. dans le sens de la réussite, la marche des Ateliers Mélin.

 

Et puisque notre pays est organisé en République dé­mocratique, je pense être dans la note en dirigeant la maison comme une démocratie dont je serais le Prési­dent, ou plutôt l'arbitre, avec cette différence que je n'ai pas été nommé par les Mélinois. Ceci ne veut pas dire, et je l'espère, peut-être avec quelque illusion, qu'une élec­tion éventuelle ne le confirmerait pas.

En outre, le Président, chez nous, use quelquefois de toute son autorité (comme dans toute maison orga­nisée, soucieuse de ses prix de revient). C'est encore une autre différence, avec une République démagogique, hélas, mais nous en sommes tous persuadés, c'est un élément nécessaire à l'équilibre de notre affaire, ce qui n'est pas sans nous intéresser tous.

Edouard MELIN.

P.S. - Ceci m'amène à faire une modification dans notre article « Tous ensemble, patrons et ouvriers », paru dans le n- 9 d'octobre. Une erreur typographique nous a fait écrire, page 3, 1" alinéa « De plus, le capital des Ateliers Mélin sera un jour divisé en actions réparties entre tout le personnel ».

Il fallait lire

« De plus, une partie des actions pourra un jour appartenir au personnel ».

LA MONNAIE

Tout ce qui est vivant ne peut subsister, s'accomplir et s'épanouir que par l'échange. Considérons la fleur : pour assu­rer sa végétation, livrer son parfum, son suc, son essence et la beauté de sa corolle, n'emprunte-t-elle pas au milieu exté­rieur les éléments dont elle a besoin oxygène, azote et autres matières minérales ? Il en est de même pour toutes les espèces végétales et animales. Et plus l'espèce considérée s'approche de la perfection, plus les échanges sont multiples et divers.

C'est ainsi que l'homme se livre à des échanges de plus en plus nombreux au fur et à mesure du développement des Sociétés qu'il compose. Ces échanges se rapportent à tous les domaines et constituent les facteurs primordiaux de la civi­lisation. Nous en avons fait l'expérience dure et amère au cours des années terribles; de 1939-45, quand les événements nous imposèrent la vie en autarcie.

Chez les peuples primitifs, les échanges se faisaient direc­tement marchandises contre marchandises, sous forme de troc, mais en évoluant l'homme ne tarda pas à abandonner ce procédé incommode pour se servir d'une valeur intermé­diaire : la monnaie.

Les Sociétés les plus évoluées choisirent, pour remplir ce rôle, une marchandise représentant certains caractères : faci­lité de transport, grosse valeur sous un faible volume, inalté­rabilité, falsification impossible ou difficile, divisibilité par­faite. Les pierres précieuses, l'or, l'argent, possèdent ces qua­lités et, par suite, jouèrent un rôle très important dans l'his­toire économique des nations.

Les Sociétés modernes ont remplacé cette monnaie métal­lique par la monnaie de papier. Comment a-t-on pu passer de la première forme à la seconde et surtout comment la monnaie de papier a-t-elle pu être acceptée aux lieu et place du métal précieux ? Le Professeur Charles Gide, dans son traité d'économie politique, nous dit : « Une pièce de mon­naie n'est pas autre chose qu'un « bon » qui nous donne le droit de nous faire délivrer, sous certaines conditions, une part des richesses existantes. Or, ce rôle de « bon » peut être joué par une feuille de papier aussi bien que par un morceau de métal. »

Il y a eu substitution et substitution d'autant plus accep­table qu'elle était garantie par la loi.

Toutefois, cette supplantation a entraîné un danger l'in­flation. En effet, s'il est impossible de fabriquer en quantité illimitée des nièces d'or ou d'argent, c'est une tentation per­manente pour un Etat obéré et à courte vue de solder son déficit en imprimant des billets, dont la valeur est de plus en plus conventionnelle. Or: la pullulation de signes monétaires n'est pas une source de richesse, nous le savons. L'enflure de la masse des billets en circulation ne peut avoir d'autres inci­dences que de faire monter les prix en dépréciant la valeur intrinsèque de la monnaie sur les marchés intérieur et exté­rieur.

 

C'est précisément le mal qui a sévi dans notre pays. Les Gouvernements provisoires ont, sur ce plan, pratiqué une poli­tique dont tous les éléments de la Société, ouvriers, employés et classe moyenne, en particulier, ont eu à souffrir, Dans un article publié dans le no 8 de notre Bulletin, nous écrivions à la suite des augmentations de salaires : « Nous sommes tout à la joie de disposer d'une plus grande quantité de billets, mais le coût de la, vie continue de s'élever, et si un terme n'est pas pus à cette hausse, le remède risque fort de n'être, au fond, qu'une illusion. »

Qui d'entre nous, devant l'affaiblissement constant du pouvoir d'achat, assurera que cette opération a été une source de profits pour lui-même et pour le Pays ? Pour faire face à ces charges nouvelles, la masse des billets en circulation a été considérablement augmentée. Les prix n'ont pas manqué de subir une hausse très importante. Une fois de plus, les bud­gets familiaux ont été déséquilibrés et l'épargne s'est enfoncée davantage dans la ruine.

D'aucuns, pour expliquer cet échec, mettent en cause les « Trusts », la réaction, les puissances occultes, etc... Ce sont là des mots ne signifiant rien en eux-mêmes. Le phénomène s'explique sous l'angle des réalités économiques. Nous avons vu que les signes monétaires, surtout s'ils sont en papier, ne constituent pas une richesse, mais un moyen ou une pro­messe d'échange. Il est clair que si l'Etat augmente les moyens d'échange au lieu de mettre tout en oeuvre pour accroître la quantité des marchandises à échanger, il commet une erreur très grave, dont ne peuvent profiter que les trafiquants et ceux intéressés à la ruine de notre appareil économique et de notre civilisation.

Le Gouvernement s'efforce maintenant de pratiquer une politique de baisse des prix qui a suscité dans le pays un courant de sympathie et d'espoir. Nous pensons, toutefois, que le remède ne sera complet qu'à condition d'augmenter le nombre d'heures de travail.

C'est en effet en travaillant davantage que nous serons en mesure d'assurer le rééquipement de nos industries, la modernisation de l'agriculture, la reconstitution de nos stocks et, partant, l'accroissement du. volume des produits sur les différents marchés, seul moyen de rendre effective et durable une baisse artificielle des prix.

Une fois que notre outillage aura été modernisé et, par conséquent, notre capacité de production accrue, nous pourrons réduire notre temps de travail.

En attendant, nous croyons qu'un homme en bonne con­dition physique peut et doit travailler plus de quarante heures par semaine, si nous voulons retrouver un « standing » de vie comparable à celui existant avant la guerre 39-45.

 

M. ANDRILLON,  Secrétaire personnel.

 

 

 
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